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Le contournement d’Audun le Tiche ne résoudra pas l’engorgement de la ville

 

Les habitants d’Audun le Tiche ne sont pas prêts d’être débarrassés des quelques 30 000 véhicules traversant quotidiennement la ville pour accéder au Grand Duché, dont la ville d’Esch sur Alzette est attenante. Comme souvent, les maigres projets envisagés sont exclusivement routiers. Les élus font toujours la même erreur de croire qu’augmenter le linéaire routier permet de mieux répartir la circulation et que de cette façon les infrastructures nouvelles ne peuvent qu’avoir des effets régulateurs. Cette logique est bien sûr erronée, puisque le volume du trafic routier n’est pas une valeur stable, et que les routes nouvelles créent avant tout un trafic nouveau. Aussi, les solutions en transport en commun, qui est aujourd’hui peu développé et complètement désorganisé ne sont qu’évoquées, restent très vagues, et ne concernent que l’accès au Luxembourg ; le désenclavement du côté « français » reste totalement ignoré, rendant les transfrontaliers transitant par le val d’Alzette dépendants de leur voiture. Plus grave, le seul projet concret à l’heure actuelle est une route nouvelle dont le tracé est tel que sa réalisation sera un coup d’épée dans l’eau. De toute évidence, cette infrastructure telle qu’elle est projetée et soutenue aveuglément ne résoudra pas l’engorgement à Audun le Tiche, pourra même l’aggraver, pour un investissement conséquent et fragile. Or, à l’heure où l’argent public se fait rare, comme se plaisent à le répéter si bien les élus, cela légitime d’autant moins qu’on l’utilise mal.

Ajout du 22 janvier 2012 : le dossier complet

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Dossier contournement Audun

Lorsqu’on découvre la représentation sur carte de cette route présentée comme contournement d’Audun le Tiche, la première chose qui interpelle est la forme du tracé. Pour suivre le relief et raboter les coûts de terrassement au maximum, la route suit un maximum d’anciennes infrastructures, et un relief très accidenté. Au final, la route décrit des détours incroyables qui la rendent répulsive. Coup de grâce : au prix de ces détours démultipliés, la route s’achève en cul de sac dans le petit village de Tiercelet, qui n’est accessible que par des routes secondaires ; la route est incomplète et aucun projet de raccordement à l’A30 n’est étudié ni financé. On se demande donc d’où vient le nom de « contournement » ; en effet, le contournement est sensé faire le lien entre un point A et un point B d’un grand axe, en évitant une traversée urbaine. Ici, c’est l’inverse : là où l’axe principal traversant Audun le Tiche est la D16, entre Esch et Aumetz, le contournicotement ne mène pas au point B, (mais mène nulle part) et n’évite pas l’agglomération !

A partir de là s’accumulent les défaillances fonctionnelles de la route. Elle ne déchargera pas la D16, puisqu’outre son tracé fantaisiste, ne se rendant pas au même endroit, elle n’en constitue pas une alternative. Or, l’essentiel des automobilistes se dirigent vers Aumetz et l’A30 en direction de Fontoy ; ils ne feront pas le choix de ce nouveau chemin scabreux, plus long et sans issue. Les études l’affirment : l’essentiel des automobilistes continueront à emprunter la D16, beaucoup plus directe et efficace malgré la traversée d’Audun.

D’autre part, la route générera un trafic nouveau important dans le Val d’Alzette. En effet, alors que tous les axes transfrontaliers voisins sont engorgés – sauf les moins accessibles -, il n’est pas possible qu’un nouvel axe lourd parallèle reste fluide bien longtemps. Vu l’ampleur de la circulation au grand Duché, cette infrastructure créera un appel d’air et captera un important trafic des axes voisins. En reliant Audun-le-Tiche à un grand carrefour national du Luxembourg, en évitant la traversée d’Esch sur Alzette, la route amènera donc du transit supplémentaire à traverser la ville.

Enfin, le même problème se pose pour les plus gros poids lourds, qui actuellement n’ont pas la possibilité de passer par Audun à cause du pont-rail au niveau de la frontière, qui impose une contrainte de hauteur. La nouvelle route fera sauter cette contrainte, et permettra aux grands camions en transit de rejoindre la France via le Luxembourg, tout en évitant Zoufftgen. De quoi séduire de nombreux routiers arrivant par la Belgique.

Cette route répond donc à l’exact inverse de son objectif initial puisque, loin de désengorger le tissu urbain du Val d’Alzette faisant tampon entre la France et Esch, la route de Belval va contribuer à transformer le val d’Alzette en vallée poubelle, privilégiant le transit routier. Pour autant, la promotion de cette infrastructure nouvelle est coincée dans un cercle infernal. Les élus subissent d’énormes pressions des habitants, le poids du trafic routier devenant insupportable, et la question était un des sujets majeurs du programme municipal. Les élus, n’ayant aucun argument technique pour justifier les incohérences de leur projet le rendant inutile (sans parler des conséquences négatives sur le plan environnemental !), se cantonnent à marteler l’indécence de la situation actuelle, et l’urgence d’agir, éludant les questions d’efficacité. Les habitants quant à eux, peu informés des détails du projet présenté comme miracle, risquent de tomber de haut, si le projet devait voir le jour tel quel.

Carte du "contournement"

Publié le lundi 10 janvier 2011.
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